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CINQUIÈME PARTIE

 

L’HELLÉNISME

 

Chapitre I

 

L’épicuréisme

 

 

  1. Introduction

 

            Alors que l’Académie et le Lycée traversent une période de déclin progressif, apparaît la figure d’Épicure, fondateur d’un nouveau mouvement philosophique appelé à occuper une place importante dans l’hellénisme.

 

            Épicure, né à Samos en 341 avant le Christ, s’établit à Athènes vers l’an 307 et y exerce son magistère dans le jardin de sa maison ; c’est pour cette raison que ses disciples seront connus comme les philosophes du jardin. Épicure meurt en 270 mais sa doctrine demeure influente jusqu’à presque le IVème siècle de notre ère.

 

            D’après Diogène Laërce (IIIème siècle avant le Christ), Épicure a été un écrivain très fécond, mais de toute son œuvre ne nous sont parvenus qu’un ensemble de sentences – Maximes capitales et Sentences vaticanes – et trois lettres : Lettre à Hérodote (la physique), Lettre à Pythoclès (les phénomènes célestes), Lettre à Ménécée (l’éthique).

 

            La philosophie d’Épicure est fondamentalement pratique : une éthique qui prétend montrer le secret du bonheur. Les caractéristiques de ce savoir qu’Épicure propose reflètent bien les innovations de cette époque par rapport à la culture et à la philosophie précédentes. D’une part, Épicure rejette les enseignements de Platon et d’Aristote et, en général, toutes sortes de savoir de type théorique ; ce qui l’intéresse est le savoir pratique et c’est seulement en fonction de celui-ci et à son service qu’il pourra admettre une explication physique du monde et une gnoséologie qui signale les règles objectives de la connaissance.

 

            L’opposition d’Épicure à la philosophie antérieure était en dernière analyse une opposition envers tout ce qui dépasse la dimension exclusivement matérielle. Pour lui, parler des réalités suprasensibles n’avait aucun sens ; la seule réalité qu’il admettait était le monde matériel. Il était nécessaire selon son point de vue abandonner les discours, oublier la dialectique platonicienne et fixer l’attention sur les choses, écouter les voix des choses, partir des choses elles-mêmes, sans admettre aucune médiation. Son matérialisme assumé se traduira en une éthique qui comprend le bonheur en termes de plaisir. Mais en plus de cela, son opposition s’étendait à tout ce qui représentait les anciennes valeurs de la polis grecque, valeurs que l’histoire commençait déjà à démolir. Son éthique ne contemple pas le citoyen ni n’est pas conçue comme faisant partie de la politique : elle s’adresse à l’individu ; c’est seulement à celui-ci qui, détaché de la cité, des institutions, de l’argent, voire des dieux, appartient d’être heureux.

 

            À côté de l’éthique, Épicure enseigne aussi une physique qui établit les fondements ontologiques et anthropologiques du savoir pratique, et une canonique qui, dans son intention, démontrerait la cognoscibilité de la réalité effective des choses à travers de la sensation exclusivement.

 

 

2. La physique

 

La Canonique

 

            La canonique d’Épicure même si elle prétend signaler les modalités propres à la connaissance humaine et les critères qui lui permettent d’atteindre la vérité, ne s’identifie ni avec une théorie de la connaissance ni avec une logique. Le domaine de la canonique épicurienne – qui, de par son contenu, pourrait être appelée gnoséologie – est proprement la physique, car la connaissance de la réalité sensible n’est qu’un processus physique dans lequel le sujet demeure absolument passif.

 

            Avec sa gnoséologie, Épicure vise deux objectifs :

 

  • démontrer que la réalité effective des choses, seule réalité qu’il admet, est connue avec une certitude absolue ;
  • expliquer que cette connaissance n’est rien d’autre que la sensation.

 

            Il s’oppose donc aussi bien au scepticisme qu’aux explications platoniciennes et aristotéliciennes, ce qui donne à sa doctrine les caractéristiques d’un dogmatisme rigide.

 

            Les sensations sont pour Épicure le premier critère de vérité et de validité objective :

 

Si tu combats toutes les sensations, tu n’auras même plus ce à quoi tu te réfères pour juger celles d’entre elles que tu prétends être erronées.

Maximes capitales, 23

 

            Toute sensation est toujours vraie, sans aucune exception. L’objectivité de la sensation est garantie par son caractère passif, car étant produite par quelque chose d’externe, elle doit nécessairement correspondre à celle-ci. Par ailleurs, la structure même de la réalité assure qu’il en soit ainsi car, puisque tout est composé d’atomes, les sensations ne peuvent être produites que lorsque ceux-ci émanent des choses et pénètrent en nous, à l’exclusion de toute autre possibilité. Par conséquent il n’y a pas d’erreur possible dans nos sensations, conçues comme des phénomènes passifs, qui n’ont besoin que de la présence extérieure de l’objet : Épicure exclut toute intervention de la subjectivité.

 

            Le deuxième critère de vérité serait constitué par les prénotions ou représentations mentales des choses, c'est-à-dire, la mémoire de la répétition des mêmes perceptions sensibles. Enregistrées dans la mémoire, l’homme peut en faire usage aussi dans l’absence de la présence physique des choses, ce qui fait que celles-ci peuvent être connues par anticipation. Elles sont donc le fondement de toute activité rationnelle ; tout raisonnement doit partir d’ici et, par conséquent, de la sensation en définitive.

 

Par prolepsis ou prénotion les épicuriens entendent une sorte de conception, une notion vraie, une opinion, une idée générale qui subsiste en nous, en d’autres termes le souvenir d’un objet extérieur, souvent perçu antérieurement ; telle est cette idée : L’homme est un être de cette nature. En même temps que nous prononçons le mot homme, nous concevons immédiatement le type de l’homme, en vertu d’une prénotion que nous devons aux données antérieures des sens

Diogène Laërte, Vies et doctrines des philosophes de l’Antiquité, X, 33

 

            Finalement, Épicure accorde aux sentiments de plaisir et de douleur une fonction supérieure à celle de n’importe quelle autre sensation, car c’est en fonction d’eux que nous devons agir, car ce sont eux qui nous permettent de distinguer le bien – le plaisir – du mal – la douleur ‑.

 

C'est pour cela que nous faisons du plaisir le principe et la fin de la félicité : c'est le premier bien que nous connaissions, un bien inhérent à notre nature ; il est le principe de toutes nos déterminations, de nos désirs et de nos aversions, c'est vers lui que nous aspirons sans cesse, et en toutes choses le sentiment est la règle qui nous sert à mesurer le bien

Lettre à Ménécée, 128

 

            Ces trois critères sont pour Épicure infaillibles, à l’abri de n’importe quelle erreur possible ; la sphère de l’erreur est réservée à l’opinion, c'est-à-dire, à l’opération que le sujet construit en se servant de sa mémoire et de la raison, en interprétant des donnés, en les mettant en rapport les uns avec les autres pour formuler des prévisions et des hypothèses : là, n’étant plus simplement passif, le sujet est susceptible d’erreur.

 

            La canonique d’Épicure reprend la vieille thèse de Protagoras : c’est l’homme, chaque homme, qui est le seul critère de vérité ; mais, à la différence de l’ancien sophiste, Épicure appuie sa gnoséologie sur une théorie ontologique déterminée, empruntée aux atomistes. Certainement, la contradiction de fond de l’épicuréisme est évidente : si la sensation est le seul critère de vérité, qu’est-ce qui l’autorise à poser comme principe matériel de tout ce qui existe quelque chose de si peu vérifiable par voie sensible que les atomes ? Pourquoi donc Épicure conçoit-il la réalité en suivant les atomistes ? Possiblement parce que son éthique, qui est le centre de sa philosophie, n’est pas construite à partir d’une ontologie préalable, mais plutôt le contraire : c’est l’ontologie qui doit servir l’éthique ; or une éthique hédoniste a besoin d’une ontologie matérialiste comme fondement théorique ; et parmi toutes les ontologies matérialistes, c’est l’atomisme qui pouvait accomplir le mieux la fonction qui lui était assignée. Pour Épicure la valeur de la science était exclusivement pratique, une valeur libératrice de toute crainte de la mort ou des dieux ; une telle libération serait atteinte dès qu’on aurait démontré l’inutilité d’admettre l’existence de n’importe quelle réalité suprasensible.

 

L’ontologie

 

            Si la gnoséologie d’Épicure s’appuie sur la sensation comme critère de base et si celle-ci est conçue comme une passion, comme un contact effectif avec le réel, la structure ontologique de la réalité est expliquée en se servant des atomes – être, corps, massif – et du vide – non-être, incorporel, espace ‑. Les atomes seraient les éléments originaux et indivisibles, dont l’union produit toute génération et dont la séparation produit la corruption. Les atomes peuvent se différentier entre eux par leur forme, leur poids et leur taille. Ils sont en mouvement permanent. Mais Épicure n’explique pas le mouvement de la même façon que les anciens atomistes, mais comme une chute vers le bas, dans le vide infini. Dans cette chute les atomes sont soumis à des déviations possibles et fortuites – le clinamen – qui provoquent l’agrégation des atomes différents, ce qui produit la génération des corps et des composés de toutes sortes.

 

Épicure a imaginé cette déclinaison, parce qu'il craignait que si la pesanteur emportait seule les atomes d'un mouvement naturel et nécessaire, il n'y eût aucune action libre, l'âme étant contrainte de suivre toujours l'impulsion originelle des atomes. Aussi Démocrite, l'inventeur des atomes, a-t-il mieux aimé soumettre toutes choses à la fatalité, que de soustraire ses corpuscules à leurs mouvements naturels.

Cicéron, De fato (Du destin), 10, 22

 

            La mystérieuse doctrine de la déclinaison des atomes doit être comprise en conséquence non seulement comme la justification de la liberté humaine mais plus généralement comme le principe d’indétermination qui assure à tout le réel son caractère fortuit, fruit du hasard. Le clinamen devient nécessaire pour éviter de devoir admettre que la réalité obéisse aux lois rigides de la chute verticale des atomes, dans un processus mécaniciste qui serait semblable aux suites numériques.

 

            Certainement, l’indétermination de la matière, sa contingence, ne suffissent pas à justifier la liberté humaine, car ce qui appartient à la sphère de l’esprit ne peut pas être suffisamment expliqué à partir exclusivement de la structure de la matière. Mais précisément ce qu’Épicure n’est pas prêt à admettre est l’existence d’aucune dimension non matérielle.

 

            Donc, c’est à partir de la matière aussi qu’il explique l’âme humaine. Pour Épicure l’âme serait composée d’atomes spécifiques : atome de souffle, atome d'air, atome de chaud ; elle serait aussi matérielle que n’importe quelle substance corporelle. C’est précisément à cause du caractère corporel, matériel, de l’âme, que toute hypothèse sur son immortalité doit être rejetée. Si l’on réussit à démontrer que l’âme est mortelle – sur ce point aussi Épicure est radicalement anti-platonicien – on aura réussi par là même à éliminer la crainte de la mort. Or si toute substance doit être forcément corporelle ‑ et Épicure n’admet aucune autre incorporalité que celle du vide – admettre une substance spirituelle et donc incorporelle serait contradictoire.

 

            L’âme est bien une substance mais en tant que telle – capable d’agir et de pâtir – ne peut être que corporelle, une agrégation d’atomes au même titre que n’importe quelle autre substance. La distinction entre le corps et l’âme – entre la chair et l’âme, dit Épicure – ne doit être envisagée sur le plan substantiel, mais sur celui des qualités et des fonctions.

 

            Dans un tel horizon si strictement matériel, on ne s’attendrait pas à trouver une place pour le divin ; d’ailleurs, comme nous le verrons, l’un des objectifs qu’Épicure assigne à son éthique est de libérer l’homme de la crainte des dieux. Et cependant, Épicure admet leur existence comme un donné évident. L’évidence de la connaissance des dieux s’expliquerait par la réception directe dans l’âme humaine de sa représentation sensible. Leur nature ne pouvait être que matérielle, tout au moins quasi matérielle, constitués d’atomes qui ne peuvent pas se séparer. D’autre part les dieux, très nombreux, vivent une vie joyeuse et heureuse, sans aucun souci, ignorants en conséquence de la vie des hommes.

 

            Il a été dit dès l’antiquité qu’Épicure était en réalité athée mais qu’il improvisa une théologie pour des motifs exclusivement de prudence : éviter une condamnation ou tout au moins une stigmatisation à cause de son athéisme. C’est la thèse que soutient Cicéron dans son De la nature des dieux :

 

Épicure a écrit un livre sur le culte religieux. C'est raillerie de sa part et raillerie d'un auteur qui, à défaut d'esprit, ne manque pas d'effronterie. Quelle action la piété peut-elle avoir si les dieux n'ont aucun souci des affaires humaines? Et d'ailleurs comment un être animé peut-il n'avoir souci de rien? Posidonius, notre ami à tous, est assez dans le vrai quand, dans son cinquième livre sur la nature des dieux, il expose qu'Épicure ne croyait pas à l'existence d'êtres divins et que ce qu'il dit des immortels, il le dit pour ne pas se rendre odieux: il n'était pas assez insensé, en effet, pour s'imaginer qu'un dieu ressemble à un homme uniquement par les lignes du corps mais n'a aucune consistance, qu'il possède des membres, mais n'en fait aucun usage, que c'est un être sans épaisseur et translucide, qui ne fait rien pour personne, ne rend aucun service, parfaitement indifférent, totalement inactif.

En premier lieu on ne conçoit pas l'existence de pareil assemblage de caractères. Épicure s'en rend compte et supprime la chose en gardant le mot. En admettant même, dirai-je ensuite, qu'il existe un dieu fait de telle sorte qu'il n'ait pour les hommes aucune bienveillance, aucun amour, eh bien ! je le déclare, je n'ai rien à démêler avec lui. Pourquoi lui demanderais-je de m'être propice, puisque selon vous bienveillance et amour sont marque de faiblesse?

Cicéron, De natura deorum, I, 44, 123

 

 

3. L’éthique

 

            Épicure, comme les autres écoles hellénistes, accepte le schéma logique proposé par Aristote dans son Éthique à Nicomaque : le bonheur est conçu comme la fin ultime de l’homme, le bien par rapport auquel l’homme réalise toute autre action. Épicure voit cette fin ultime, en accord avec sa conception exclusivement matérielle de la nature humaine, dans le plaisir. En sens contraire, le mal que l’homme devra toujours fuir pour éviter de compromettre son bonheur est la douleur.

 

            Le savoir pratique, la phronésis, consisterait par conséquent en la régulation de sa propre vie selon le plaisir et la douleur, compris non pas de n’importe quelle façon, mais en tenant compte d’une classification précise des désirs et de la distinction entre le plaisir cinétique et catastématique.

 

            Selon Épicure, tout désir n’est pas forcément authentique ; seuls les désirs naturels le sont, ceux qui visent à satisfaire les besoins biologiques les plus immédiats, tels que la nutrition, l’habillement ou le logement. Parmi ces désirs, Épicure distingue ceux qui sont nécessaires et ceux qui ne le sont pas ; ces derniers ne sont pas vains, dans la mesure où ils ont un fondement naturel – le désir sexuel et le désir esthétique, par exemple – mais ils ne sont pas non plus nécessaires, car leur non satisfaction ne compromet pas l’existence humaine, dans le sens qu’elle ne comporte pas la mort.

 

            Le critère pratique de conduite qui découle de ces distinctions serait de se borner à satisfaire les désirs qui sont et naturels et nécessaires, et d’ailleurs les satisfaire de façon limitée, c'est-à-dire suffisante pour couvrir les besoins fondamentaux de la vie. Par cette voie on atteindrait le véritable plaisir catastématique, l’ataraxie, qui consiste en l’absence de toute douleur et de toute perturbation.

 

Il faut maintenant définir la volupté, pour ôter aux ignorants tout sujet de se tromper, et pour montrer combien une secte qui passe pour être toute voluptueuse et toute sensuelle, est réellement grave, sévère et retenue. Nous ne cherchons pas, en effet, la seule volupté qui chatouille la nature par je ne sais quelle douceur secrète, et qui excite des sensations agréables ; mais nous regardons comme une très grande volupté la privation de la douleur. Or comme, du moment que nous ne sentons aucune douleur, nous avons de la joie, et comme tout ce qui donne de la joie est volupté, ainsi que tout ce qui blesse est douleur, c'est avec raison que la privation de toute sorte de douleur est appelée volupté. Si, lorsqu'on a chassé la soif et la faim par le boire et le manger, c'est une volupté de ne plus sentir de besoin, c'en est une aussi dans toutes les autres choses que de n'avoir aucune douleur.

Cicéron, De finibus bonorum et malorum, I, 11, 37

 

            La tranquillité de l’âme, comprise comme l’absence de toute souffrance et de toute perturbation, voilà le plus grand bien dont l’homme peut jouir. Une tranquillité que l’homme doit conquérir en acceptant sa propre condition et en éliminant les craintes et les superstitions qui seraient pour l’âme la peur de la mort et la peur des dieux, et pour le corps tout motif de douleur.

 

            La peur de la mort peut être évitée, dit Épicure, si l’on comprend que la mort n’est pas une perte de la réalité ni un passage à un nouveau statut, mais l’absence absolue de réalité ; ce n’est pas de la maladie, mais la guérison de toute maladie ; ce n’est pas un mal mais l’absence de tout mal. La mort n’est donc rien pour l’homme ; en conséquence, avoir peur de la mort serai absurde.

 

Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité. Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre.

Lettre à Ménécée, 124

 

            La crainte des dieux serait elle aussi infondée parce que, comme nous l’avons vu, les dieux ne s’occupent pas des affaires des hommes. C’est précisément la conviction que nous n’avons rien à craindre ni à espérer d’eux qui permettrait aux hommes de les vénérer de façon complètement désintéressée.

 

            L’éthique épicurienne enseigne aussi à éliminer toute inquiétude qui pourrait être induite par le caractère éphémère des plaisirs ; elle le fait en enseignant que le summum du plaisir, sa limite supérieure, consiste en l’absence de douleur. La nature même du plaisir, tel qu’Épicure l’entend, empêche qu’il puisse croître en intensité ou en durée : le plaisir – l’absence de douleur – une fois qu’il est atteint, il est plénier, total, infini.

 

            La douleur est la seule chose qui peut compromettre le bonheur humain. Or la douleur, dit Épicure, si elle est physique elle ne dure pas longtemps et ne peut pas empêcher la joie.

 

            L’éthique d’Épicure peut être résumée dans le « quadruple remède » qu’il offre aux hommes pour les guérir de la crainte des dieux et de la mort, en même temps que leur permet de comprendre que le plaisir est à la portée de tout le monde et que le mal peut très bien être supporté :

 

1. on ne doit pas craindre les dieux ;

2. on ne doit pas craindre la mort ;

3. le bien est facile à atteindre ;

4. on peut supprimer la douleur.

 

            Avec ces remèdes l’homme pourra être toujours heureux.

 

            Dans une pareille éthique du plaisir, la vertu – et en particulier la plus importante de toutes, la prudence, la phronésis – a un caractère instrumental, c’est la technique, le moyen qui permet d’être heureux, c'est-à-dire, de savoir évaluer et calculer les différents plaisirs et enlever tout ce qui pourrait causer de la douleur.

 

            En définitive, la doctrine d’Épicure est principalement éthique ; ses enseignements sur d’autres domaines – canonique, ontologie – ne sont que des justifications de la morale qu’il propose ; une justification qui d’ailleurs ne manque pas de contradictions. L’intuition de fond demeure valable, à savoir que l’éthique a besoin d’un fondement ultérieur. La raison pratique n’exclut pas la théorie : bien au contraire, el semble bien l’exiger. Cependant, les hommes de son temps, préoccupés surtout pour la recherche d’une sagesse pratique, ont passé outre toutes les difficultés de tipe théorique que le système présentait et ont ressenti l’attrait, plus que d’une philosophie, d’un modèle de vie, l’épicuréisme, organisé avec les caractéristiques propres d’une secte presque religieuse qui proposait un bonheur à la portée de tous. Les successeurs d’Épicure se sont bornés presque exclusivement à répéter les enseignements de leur maître, acceptés comme des dogmes qu’il fallait apprendre et soutenir.

 

            Le seul des disciples d’Épicure qui fut conscient de ne pas être qu’un disciple, mais aussi un maître, est le poète Lucrèce (-98 à – 54), qui apporta l’épicuréisme à Rome. Il est l’auteur de De rerum natura, un poème philosophique dont l’originalité réside plus dans la forme, imprégnée de l’esprit romain, que dans le contenu, fait de concepts philosophiques forgés par la sagesse grecque, surtout par l’épicuréisme.

 

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