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QUATRIÈME PARTIE

 

ARISTOTE

 

Chapitre I

 

Sa vie et ses œuvres

 

 

1. Traits biographiques

 

            Appartenant à une famille aristocratique, Aristote naît à Stagire en 384 avant le Christ. Devenu orphelin lorsqu’il était très jeune, il est envoyé à Athènes et il rejoint l’Académie vers 366.

 

            C’est à l’école de Platon qu’Aristote mûrit et consolide sa vocation philosophique de façon définitive. Il y demeure pendant vingt ans, jusqu’à la mort de Platon, survenue en 347.

 

            À la mort de son maître, Aristote abandonne Athènes, peut-être à cause de que la direction de l’Académie avait été reprise par Speusippe, représentant du courant le plus opposé aux convictions du Stagirite.

 

            Partant d’Athènes, Aristote part vers l’Asie Mineure, ce qui ouvre une phase très importante de sa vie. Il s’établit d’abord à Assos, où il fonde une école avec d’autres platoniciens. Il y demeure pendant trois ans, puis il va à Mytilène en compagnie de son disciple Théophraste.

 

            Probablement ses cours à Assos étaient plus axés sur des questions plus philosophiques et à Mytilène ses recherches s’orientaient plutôt vers les sciences naturelles.

 

            Une nouvelle période de la vie d’Aristote commence en 343, lorsqu’il est appelé par Philippe de Macédoine, qui lui confie l’éducation de son fils Alexandre, futur Alexandre le Grand. Aristote demeure en Macédoine jusqu’à ce qu’Alexandre monte au trône, vers 336.

 

            Finalement, en 335, Aristote rentre à Athènes et loue quelques bâtiments voisins d’un temple consacré à Apollon Lycien, d’où le nom de « Lycée » que l’on donne à son école. Par ailleurs, puisqu’Aristote expliquait ses idées en se promenant par les jardins de ces édifices, son école a été appelle aussi « péripatéticienne » de « péripatos », promenade, et ses disciples, « péripatéticiens ».

 

            Le Lycée est apparu comme contraposé à l’Académie et même il l’a éclipsée totalement pendant un certain temps. Ces années à Athènes ont été les plus fécondes pour la production d’Aristote : c’est à cette époque qu’il systématise les traités philosophiques et scientifiques qui nous sont parvenus.

 

            En 323, Alexandre étant mort, il y a eu à Athènes une forte réaction anti macédonienne, qui visait aussi Aristote pour avoir été le maître du roi décédé. Pour fuir ses ennemis, Aristote se retire en Chalcis et laisse la direction  du Lycée à Théophraste. Il meurt quelques mois après, en 322.

 

 

2. Les écrits d’Aristote

 

            Les écrits d’Aristote se divisent en deux grands groupes : les écrits exotériques, composés en forme de dialogues et destinés au grand public, et les écrits ésotériques, qui constituent le fruit et la base de l’activité didactique d’Aristote, destinés seulement à ses disciples et par conséquent patrimoine exclusif de l’école.

 

            Le premier groupe d’écrit s’est perdu presque complètement, et ce n’est que quelques titres et fragments qui sont parvenus jusqu’à nous. Le premier écrit exotérique fut peut être Gryllos ou De la rhétorique, tandis que les derniers furent Protreptique et De la philosophie (Peri philosophías). D’autres écrits de jeunesse dignes d’être mentionnés sont Des idées, Du bien et Eudème ou De l’âme.

 

            Il en va autrement de la plupart des œuvres d’école, qui traitent de tous les problèmes philosophiques et de certaines branches des sciences de la nature. Dans l’ordonnancement actuel du corpus aristotelicum  apparaît en premier lieu l’Organum, qui est le titre avec lequel on désigne dès l’Antiquité l’ensemble des traités de Logique :

 

1. Catégories : sur les attributs et les catégories

2. De l'interprétation (Périhermeneias): sur le jugement et la proposition en logique

3. Premiers Analytiques : sur le syllogisme

4. Seconds Analytiques : sur la démonstration

5. Topiques : sur les arguments

6. Réfutations sophistiques : sur les sophismes

 

            Viennent après les œuvres de philosophie de la nature :

 

1. Physique

2. De la Génération et de la Corruption

3. Traité du Ciel

4. Météorologiques

 

            Sont aussi en relation avec ces écrits des ouvrages sur des sujets de psychologie : De l’Âme et un groupe d’opuscules  rassemblés sur le titre de Parva naturalia. L’œuvre la plus célèbre, composée de quatorze livres, est la Métaphysique. Finalement, les traités de philosophie morale et politique :

 

1. Éthique à Nicomaque

2. Éthique à Eudème

3. La Grande Morale

4. Politique

 

            Finalement il faut signaler deux traités de poésie et rhétorique :

 

1. Poétique

2. Rhétorique

 

            Parmi les ouvrages consacrés aux sciences de la nature on peut mentionner :

 

1. Histoire des animaux

2. Parties des animaux

3. Génération des animaux

 

            L’ordre chronologique des œuvres d’Aristote, qui a un rapport avec la question de la genèse de sa pensée, a préoccupé les historiens du XXème siècle. Bien qu’ils aient réussi à donner une grande impulsion à l’étude de la philosophie aristotélicienne, ils n’ont pas pu parvenir à des conclusions définitives à ce sujet.

 

            En termes généraux on peut dire que les œuvres exotériques appartiennent aux années dans lesquelles Aristote est toujours à l’Académie (366-347). Dans ces écrits, aussi bien le style que la doctrine fait penser à une influence platonicienne prononcée.

 

            En revanche, les écrits ésotériques, destinés à l’activité didactique, possédant une grande densité doctrinale, rédigés dans un style souvent aride et corrigés probablement par le même Aristote au fil des années, ne permettent pas d’établir une chronologie précise sans de réserves sérieuses. Pour cette raison nous ne suivrons pas dans l’exposition de sa pensée aucun schéma chronologique, qui d’ailleurs ne pourrait être que très hypothétique ; comme le fait Aristote lui-même, nous distinguerons à l’intérieur de sa philosophie les différents secteurs – sciences – dont il s’occupe.

 

            De toutes les façons, il est certain que la pensée d’Aristote apparaît, dans ces ouvrages ésotériques, très détachée des enseignements de son maître. Cependant, on ne peut pas parler d’opposition entre les deux philosophes. Aristote s’éloigne effectivement de Platon sur de nombreux points, mais les coïncidences sont aussi nombreuses et, en dernier ressort, sans la doctrine de son maître la sienne n’aurait pas été possible. Nous allons nous attarder sur ce point.

 

 

3. Aristote et Platon

 

            Avant d’étudier la pensée d’Aristote il convient d’essayer de préciser quelle a été son attitude face à la doctrine de son maître. On présente souvent Aristote en soulignant son opposition aux enseignements de Platon. En effet, le Stagirite a critiqué et nié la doctrine des Idées ; cependant, il n’a pas prétendu nier l’existence de réalités différentes du monde sensible ; tout simplement, il voulait démontrer que la réalité transcendante n’est pas comme Platon la concevait.

 

 

L’immanence des universaux

 

            Pour Platon les Idées sont, d’une part, la cause des choses et, en tant que telles, elles doivent être présentes à l’intérieur de celles-ci, car chaque réalité sensible participe de l’une des Idées. Mais d’autre part les Idées sont transcendantes et, par conséquent, elles subsistent séparées de la réalité sensible.

 

            Aristote rejette cette façon de concevoir le sensible, surtout à cause de la transcendance des Idées ; ce qui constitue l’essence des choses, leur fondement, ne peut être qu’intérieur à elles : ce ne peut pas être quelque chose d’étranger, transcendant et avec une subsistance propre.

 

            Par ailleurs, comme nous l’avons vu, Platon s’intéresse surtout à la structure du monde idéal et non pas à celle du monde sensible ; ses disciples, à l’exception d’Aristote, ont continué leurs recherches dans la même direction.

 

            Aristote réagit contre cette tendance. Sa critique peut être réduite à deux points : d’une part, la forme transcendante doit devenir une dorme exclusivement immanente ; d’autre part, les Idées, étant des substances, des entités subsistantes, ne peuvent pas s’identifier complètement avec la forme immanente. Pour Aristote, l’immanence ne serait pas celle de l’Idée mais celle de l’universel ; or l’universel ne peut pas être substance car pour lui la substance est en premier lieu individuelle, comme nous le verrons.

 

            Cette transformation des Idées en fondement intelligible de tout le sensible n’implique cependant pas renoncer à toute forme de transcendance ; il y a pour Aristote aussi un principe transcendant qui est la cause du sensible ; ce principe est Dieu, le Moteur immobile, principe non seulement intelligible comme les Idées, mais intelligent.

 

            À côté de la forme Aristote situe un autre principe de la réalité sensible : la matière, qui « fonctionne » par rapport à la forme comme puissance. C’est ainsi qu’Aristote parvient à sauver la réalité du sensible, en niant la transcendance des Idées mais en gardant le principe platonicien de la primauté de la forme sur la matière. Cependant, pour Aristote la forme ne constitue ni le seul ni le plus radical principe de la réalité. D’une façon synthétique, on pourrait dire que si pour Platon l’être est principalement consistance, identité, Aristote, en considérant la forme comme le principe constituant de toute réalité sensible, il conçoit l’être surtout comme subsistance.

 

            Aristote donc, plutôt que s’opposer au platonisme, le corrige et le développe ; sa philosophie ne peut être comprise que depuis le platonisme et, même s’il y a en elle beaucoup d’original et de personnel, de différent et même d’apparemment opposé à l’esprit de son maître, il demeure toujours comme fond la doctrine qu’il a apprise et discutée pendant vingt ans à l’Académie.

 

Différences de méthode et d’intérêts

 

            On ne peut pas nier de toutes les façons l’existence de différences entre les deux philosophes concernant leur caractère, formation et intérêts. C’est différences ont sans doute influencé l’orientation de leurs recherches.

 

            Les dialogues de Platon manifestent très souvent sa religiosité profonde, exprimée en plusieurs occasions de façon poétique. Aristote, tout en réservant une place de privilège au divin, accorde moins d’espace dans ses écrits à ses croyances religieuses, s’occupant surtout – spécialement dans ses ouvrages ésotériques – de problèmes théoriques qu’il étudie avec la rigueur de sa méthode scientifique.

 

            Parmi les sciences théoriques, en plus de la métaphysique, Platon s’occupe principalement des mathématiques, au détriment des sciences empiriques. Aristote par contre a un intérêt particulier pour les phénomènes et pour presque toutes les sciences naturelles, en accordant beaucoup d’importance au recensement et la classification des faits empiriques.

 

            Platon n’est pas un écrivain systématique ; dans ses dialogues les questions sont dispersées et mélangées, résolues et critiquées, pour les traiter à nouveau une fois et une autre. Aristote en revanche délimite et définit les problèmes philosophiques pour les traiter séparément et selon une méthode spécifique dans ses différents traités. En plus de cela, si Aristote s’efforce pour exprimer sa pensée avec un langage technique, Platon se sert des dialogues et de la force de l’expression poétique. Ces divergences ont contribué sans doute à exagérer la distance, souvent plus apparente que réelle, entre la maître et le disciple, jusqu’à en faire deux penseurs opposés l’un à l’autre.

 

            Pour exposer la pensée d’Aristote nous suivrons le schéma suivant : nous étudierons en premier lieu la logique, à cause de son caractère instrumental et auxiliaire par rapport aux autres sciences. Nous nous occuperons ensuite des sciences qu’Aristote appelle théoriques, dont la physique et la métaphysique ; finalement nous nous attarderons sur l’éthique, la principale des sciences pratiques.

 

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