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TROISIEME PARTIE

 

PLATON

 

Chapitre I

 

Sa vie et ses œuvres

 

 

1. Résumé biographique

 

            Aristoclès, surnommé Platon (de platos = largeur) à cause de ses larges épaules, est né à Athènes l’an 427 avant le Christ. Issu d’une famille noble, apparentée à des autorités de la cité, il vit logiquement l’exercice de la politique comme l’idéal de sa vie : sa naissance, ses aptitudes personnelles et l’éducation reçue l’orientaient dans cette direction. Cependant, une longue fréquentation de Socrate et, surtout, l’injuste condamnation à mort de celui-ci ont changé le cap de sa vie.

 

            Platon a toujours vécu à Athènes (Cf cartes), consacré à la recherche philosophique et scientifique et à l’éducation des jeunes, particulièrement depuis la fondation de l’Académie. Il n’abandonne Athènes qu’à l’occasion de quatre voyages, dont la finalité est presque toujours politique ; c’est seulement le premier qui obéit à des motivations différentes. En effet, l’an 399, après la mort de Socrate, probablement pour se mettre à l’abri d’éventuelles persécutions, il est allé à Mégare, où il a été l’hôte d’Euclide. De là il va à Crète, Egypte et Cyrène et rentre à Athènes l’an 396.

 

            Les autres trois voyages s’expliquent si l’on tient compte de son idéal politico-philosophique, comme il l’explique dans la Lettre VII :

 

Les lois et les coutumes étaient corrompues et tombées dans le dernier mépris ; de sorte que moi, naguère si plein de zèle et d'ardeur pour l'intérêt public, devant le spectacle de ce profond et universel désordre, je me sentis saisi de vertige. Cependant je ne cessai pas d'observer l'état des choses et la politique en général, en attendant que quelque heureux changement me donnât l'occasion d'agir. Mais je finis par me convaincre que tous les états de notre temps sont mal gouvernés, et que leurs lois sont tellement vicieuses qu'elles ne subsistent que par une sorte de prodige. Je tirai alors cette conséquence honorable pour la vraie philosophie, qu'elle seule peut tracer les limites du juste et de l'injuste, soit par rapport aux particuliers, soit par rapport aux gouvernements, et qu'on ne peut espérer de voir la fin des misères humaines avant que les vrais philosophes n'arrivent à la tête des gouvernements ou que, par une providence toute divine, ceux qui ont le pouvoir dans les États ne deviennent eux-mêmes philosophes.

Platon, Lettre VII, 325d à 326b

 

            Platon a toujours été surtout un philosophe ; mais il a gardé toute sa vie durant un vif intérêt pour la politique, bien que sa conception de la politique, comme le déclarent ses mêmes paroles, ne peut pas être isolée de sa philosophie, bien au contraire, doit s’appuyer sur celle-ci comme son meilleur fondement.

 

            Platon entreprend son deuxième voyage en 388, pour aller à Tarente (Sicile), où il se lie d’amitié avec la famille de Dénis I, l’Ancien, tyran de Syracuse ; mais pour des circonstances diverses celui-ci le fit vendre comme esclave. Acheté et mis en liberté par l’un de ses amis, Annicéris de Cyrène, il rentra à Athènes où il fonda l’Académie un peu plus tard, l’an 387.

 

            À la demande de Denys II le Jeune, Platon retourne à Syracuse en 366 ; il est à nouveau emprisonné, puis expulsé. Malgré cela il fait un troisième voyage à Sicile (son quatrième et dernier voyage), accompagné d’autres membres de l’Académie. Platon rentre à Athènes en 360 et il y demeure jusqu’à sa mort en 347 avant le Christ.

 

 

2. Les écrits platoniciens

 

Les dialogues

 

            La forte influence que Socrate a exercée sur Platon se manifeste aussi bien sur la façon d’exposer sa pensée que sur la doctrine de celui-ci. Les œuvres de Platon, les Dialogues, ne sont qu’une adaptation écrite et idéalisée des entretiens que son maître tenait avec ses disciples et auxquels il avait participé tant de fois ; d’ailleurs, Socrate est le protagoniste principal de la plupart de ces Dialogues.

 

            Platon accepte la méthode de Socrate et présente sa philosophie comme une doctrine vivante, non systématisée ; s’il y a dans chacun des dialogues un sujet dominant, cela n’empêche que beaucoup d’autres sujets soient aussi abordés dont la solution d’ailleurs diffère à chaque fois, étayée sur des raisons différentes. Et dans l’explication de chaque question, qui est pour lui toujours susceptible d’une révision ultérieure, il se permet d’utiliser, comme dans le langage parlé, tous les moyens qui puissent aider à sa compréhension : des figures, des comparaisons, des fables et, parfois, aussi des mythes. Cela ne veut pas dire cependant que Platon renonce dans ces cas à raisonner véritablement, mais qu’il veut se servir de tous ces moyens d’exposer ses idées. Dans le cas des mythes, leur fonction philosophique est claire : élever l’esprit humain vers ces sphères que la raison ne peut pas atteindre. Le mythe est donc le complément intuitif des arguments rationnels.

 

            Cependant, le mythe tel que Platon l’utilise requiert d’autres précisions. Avant de les examiner, faisons deux remarques concernant les dialogues. La première, qui aujourd’hui n’est plus contestée, c’est que leur contenu, tout en étant mis sur la bouche de Socrate, est proprement platonicien. Ce qui appartient à Socrate est la méthode, que Platon essaie non seulement de mettre par écrit, mais de la revivre, en engageant un véritable dialogue avec le lecteur. Pour cela, et c’est la deuxième remarque, Platon demande à ses lecteurs une attitude active : c’est au lecteur qu’appartient très souvent de trouver la solution que le dialogue contient mais qu’il ne formule pas. La sagesse ne s’impose pas de l’extérieur, le savoir pousse à l’intérieur de l’homme qui est capable de dialoguer sérieusement.

 

            Concernant les mythes platoniciens, il ne faut pas les confondre sans d’autres nuances avec les figures métaphoriques, les comparaisons ou tout autre instrument argumentatif inventé par l’art de l’écrivain. Pour Platon, s’il utilise parfois le mythe comme une image pour mieux expliquer un concept métaphysique ou comme un récit vraisemblable de la réalité sensible, le mythe a dans son sens strict une signification bien précise, différente de n’importe quel conte fantastique. Le mythe, au-delà du langage humain dans lequel il est versé, reproduit une histoire avec un contenu vrai ; une histoire qui se déroule entre la sphère divine et l’humaine, relative à l’origine de l’homme et du monde et au destin ultime des êtres humains. Les mythes transmettent donc des vérités surhumaines, divines, que l’on connaît non pas par propre expérience ou réflexion, mais pour les avoir entendues : finalement, par la foi : ce sont des vérités qui méritent l’assentiment des hommes car, si elles n’étaient pas entendues, si elles n’avaient pas été transmises dès l’antiquité, ne pourraient pas être connues : il n’y a pas d’autre voie d’accès vers elles. Par conséquent, plus qu’une fuite vers des reponses de type fidéiste ou purement religieux, le mythe indique la conscience de que les vérités les plus élevées ne peuvent pas être démontrées rationnellement.

 

            La doctrine de Platon, spécialement pendant ses premières années, est étroitement liée aux enseignements de Socrate. Cependant, avec le temps et avec la connaissance d’autres doctrines, la pensée de Platon mûrit. À des problèmes éthiques succèdent d’autres au contenu cosmologique et métaphysique, que Platon cherchera à résoudre tout au long de sa vie avec une doctrine qui, en se différenciant de plus en plus de la socratique, constitue le platonisme tel qu’il apparaît surtout dans les dialogues de la maturité et de la vieillesse.

 

            Cependant, si cela constitue bien le processus général de l’évolution de la pensée platonicienne, établir avec précision l’ordre chronologique des dialogues n’est pas une tâche aisée, bien qu’elle soit importante pour comprendre la philosophie de Platon dans son ensemble.

 

            En passant au-dessus des multiples problèmes auxquels les interprètes ont du faire face, nous pouvons considérer comme étant assez rigoureuse la reconstruction chronologique des dialogues et, en conséquence, de la pensée de Platon, qui est proposée ci-dessous :

 

Les dialogues de jeunesse

 

            Les premiers dialogues de Platon sont à contenu fondamentalement éthique, exposé dans une perspective tout à fait socratique.

 

            À ce groupe de dialogues, écrits après la mort de Socrate et avant 390, appartiennent, parmi d’autres, Apologie de Socrate, Hippias mineur (Petit Hippias), Alcibiade majeur (Premier Alcibiade), Charmide et Protagoras. Les sujets abordés on trait aux vertus principales, telles que la justice et la sagesse. À l’instar de son maître, Platon soutient que la vertu peut être enseignée comme n’importe quelle autre science, et que la cause des mauvaises actions est l’ignorance. En revanche, pour agir bien on a besoin de la véritable sagesse, qui est la vertu propre à l’âme.

 

            Après l’an 390 et avant la période de maturité on situe d’habitude un groupe de dialogues qui, tout en gardant une thématique à dominante éthique, suppose une évolution et le passage de la phase juvénile à une étape plus originale. Appartiennent à cette époque Gorgias, Ménon et Cratyle.

 

Les dialogues de la maturité

 

            La deuxième période de Platon suppose le retour aux anciens problèmes métaphysiques, dont la solution était nécessaire comme un fondement de l’éthique. Les questions concernant l’homme et son comportement ne peuvent être résolues philosophiquement s’il n’y a pas une base métaphysique. Socrate bâtit une éthique en se fondant sut sa nouvelle conception de l’âme, mais il n’a pas su aller plus loin et laissa sans déterminer la nature spécifique de celle-ci, cause de son immortalité et de sa priorité sur le corps ; on peut en dire autant de la conception socratique de dieu, qui est décrit de façon intuitive mais sans fondement métaphysique.

 

            Ce retour de Platon à la spéculation sur l’être réel, sur la nature des choses, lui permettra de découvrir la réalité suprasensible, les Idées, point d’appui ferme de toute sa philosophie.

 

            La réalité transcendante au monde sensible, les Idées, reflétée de façons différentes dans les dialogues de cette période, amène Platon à revenir sur les anciens problèmes posés par Héraclite et Parménide, en même temps qu’elle lui en présente de nouveaux qu’il traitera et approfondira aussi bien dans cette période que dans sa vieillesse.

 

            Parmi les dialogues de maturité, écrits entre 387 et 367, le plus importants sont Phédon, Le Banquet, La République et Phèdre.

 

Les dialogues de la vieilesse

 

            Ce sont les dialogues écrits entre 367 et 348. Platon traite en eux trois questions plus en profondeur : le problème métaphysique des Idées ; une cosmologie capable d’expliquer le monde actuel ; et les problèmes politiques qu’il avait déjà traités dans La République, qu’il réélabore maintenant dans Les Lois, le dernier de ses dialogues.

 

            Platon avait jusqu’alors séparé le monde sensible du monde intelligible, dont la réalité suprême est l’idée du Bien ; la seule union entre ces deux mondes, pour l’instant, ne s’établissait qu’au niveau de la connaissance. Il restait pour résoudre la réalité du monde physique et son rapport aux Idées, au plan ontologique.

 

            Dans le Théétète, le Théétète et surtout dans le Parménide, Platon se pose la question de la réalité du sensible. Doit-on affirmer l’unicité de l’être, comme le veulent les Éléates, en privant en conséquence de réalité au sensible, ou doit-on plutôt reconnaître l’être du multiple en niant alors l’unicité conçue par Parménide ? Comme nous le verrons, Platon résout cette question dans le Parménide et dans son prolongement, le Sophiste ; c’est dans ces dialogues qu’il réélabore sa doctrine des Idées. Par cette voie un peu fictive, plus logique que réelle, il réussit à sauver le monde des phénomènes sans renoncer aux Idées.

 

            Le Timée contient la cosmologie platonicienne, expliquée dans la perspective des Idées et en se servant d’une matière originaire et du Démiurge ou Faiseur, agent qui ordonne la matière.

 

Les doctrines non écrites

 

            Outre le contenu des dialogues de Platon, il faut prendre en compte ses doctrines non écrites, dont la connaissance, indirecte d’ailleurs, nous parvient principalement à travers d’Aristote. Ces enseignements dits  ésotériques[1] contiendraient une nouvelle explication ­ ou plutôt une explication plus profonde ­ de sa théorie des Idées : la doctrine des principes ­le Un et la Dyade grand-petit ­ dont les Idées elles-mêmes et toute la réalité tireraient leur origine.

 

            Le problème consiste en savoir si de tels enseignements constituent seulement la dernière étape de la pensée platonicienne ou s’ils en sont le noyau central, qui serait déjà présent dès l’époque de la maturité. Dans ce dernier cas les dialogues ne seraient pas invalidés, mais pour être bien compris ils devraient être complétés avec la théorie des principes et envisagés en conséquence non comme étant l’exposition complète de la pensée platonicienne mais comme une synthèse voilée dans une certaine mesure pour ceux qui n’auraient pas bénéficié de l’enseignement oral. Les dialogues parleraient de manière différente aux disciples de l’Académie et aux autres lecteurs. Si pour ceux-ci les dialogues étaient un instrument propédeutique et éducatif qui les préparait pour le vrai dialogue philosophique, ceux qui connaissaient déjà les doctrines exposées verbalement par Platon y trouveraient des références et des renvois multiples aux enseignements non écrits, des allusions aux exposés et aux dialogues maintenus dans l’Académie sur les doctrines auxquelles Platon attachait une plus grande valeur et qu’il considérait inaptes à être transmises par écrit.

 



[1] Il convient de préciser que le terme ésotérique ne signifie pas ici secret, comme chez Pythagore. La réserve platonicienne, la transmission de certaines doctrines réservée à l’intérieur de l’Académie, est une mesure que Platon adopte par prudence et non pour garder un savoir qu’il ne serait pas disposé à partager et qui le ferait ­ lui et les siens ­ puissant et influant ; c’est la cautèle de celui qui est conscient de la difficulté même de la doctrine, qui ne pourra pas être comprise qu’en respectant les voies d’enseignement et de transmission qui lui sont adéquats.

 

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