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DEUXIEME PARTIE

 

L’HUMANISME GREC

 

Chapitre II

 

Socrate

 

            A partir de l’an 479 avant le Christ, Athènes connaît presque cinquante ans de paix et de prospérité croissante, jusqu’au commencement des guerres du Péloponnèse, l’an 431. La décadence s’installe par la suite, l’effondrement de la démocratie, qui cède le pas au pouvoir aristocratique jusqu’à l’an 403, quand Euclide essaie de la rétablir, sans succès.

 

            C’est celui-là le cadre de la vie de Socrate, né à Athènes (Cf cartes) l’an 470, fils de Sophronisque, sculpteur, et de Phénarète, sage-femme.

 

            La personnalité de Socrate pourrait être recomposée à partir des nombreux traits de son caractère qui sont présents dans la presque totalité des dialogues platoniciens ; cependant, deux motifs nous poussent à ne pas le faire : premièrement, parce qu’il faudrait clarifier préalablement la valeur du témoignage platonicien ; mais, surtout, parce que la vie de Socrate est si fortement liée à sa doctrine que c’est seulement après avoir examiné celle-ci que nous serons en mesure de comprendre la dimension humaine de sa personne.

 

            La vie de Socrate s’est écoulée entièrement à Athènes, qu’il n’abandonna que pour de brèves périodes, lorsqu’il a été appelé à participer à de différentes expéditions militaires. C’est aussi à Athènes qu’il meurt en 399, à cause d’une condamnation injuste pour impiété, condamnation qu’il accepte pour donner sa dernière et suprême leçon.

 

 

1. La question socratique

 

            Socrate n’a rien écrit. La reconstruction de sa pensée doit être faite donc en fonction des témoignages qui nous sont parvenus sur lui. Ces témoignages présentent des contenus différents, voire opposés, et constituent un vrai problème pour l’historien.

 

            Le témoignage plus ancien parmi ceux dont nous disposons est celui de l’auteur théâtral Aristophane qui, dans sa comédie Les nuages fait une véritable parodie de Socrate, en le présentant comme un sophiste de plus, le pire de tous.

 

            Le deuxième témoignage en ordre chronologique est celui de Platon, qui fait de Socrate le protagoniste principal de la plupart de ses dialogues. Mais le témoignage de Platon ne peut pas être admis sans réserves, parce qu’il exalte la figure de son maître jusqu’à en faire un symbole et parce que, d’ailleurs, il met dans la bouche de Socrate presque toute sa doctrine à lui.

 

            Xénophon, avec ses « Mémorables » (récits de souvenirs, d’entretiens et de citations du maître) constitue la troisième source. Dans son cas, l’adhésion que l’on eut prêter à son témoignage est affaiblie par la fin explicitement apologétique de celui-ci et par la brièveté du contact que Xénophon a eu avec Socrate.

 

            Aristote, qui n’a pas connu Socrate, nous a transmis des témoignages qui on été jusqu’à présent considérés comme très importants. Cependant, ils doivent être pris sans perde de vue que, conformément avec son habitude, il parle de Socrate depuis sa perspective philosophique à lui.

 

            Finalement, il faudrait aussi prendre en compte le témoignage des socratiques mineurs, même s’il est souvent partiel et biaisé.

 

            Avec ces préalables, il est clair que toute reconstruction de la pensée socratique est risquée, et ne pourra jamais éviter une certaine dose d’interprétation hypothétique, car les sources sur lesquelles on peut compter ne sont que des interprétations.

 

            Laquelle de ces sources est la lus crédible ? La réponse la plus prudente semble être celle qui n’accorde à aucune d’entre elles une place privilégiée, mais qui sait se servir de toutes, en les confrontant entre elles, en cherchant en même temps leur confirmation dans le témoignage de la réalité philosophique post socratique, c'est-à-dire, dans toutes les nouveautés qui surgissent dans la pensée de ses contemporains et de ses disciples.

 

 

2. L’éthique socratique

 

            Les témoignages que nous possédons sont d’accord pour qualifier d’éthique la philosophie, de Socrate, en soulignant qu’il ne s’occupait pas de la philosophie de la nature :

 

Il ne discourait point, comme la plupart des autres philosophes, sur la nature de l’univers, recherchant l’origine spontanée de ce que les sophistes appellent cosmos.

Xénophon, Mémorables, I, 1, 11

 

            Cela n’est pas une nouveauté : c’est plutôt une démarche qui s’inscrit en continuité avec la perspective qui avait été inaugurée par les sophistes. Comme eux, Socrate a dû se désintéresser de la recherche naturaliste comme conséquence des fortes contradictions qui découlaient des théories proposées par les philosophes de la nature. Cependant, cela ne veut pas dire qu’il ne se soit pas consacré dans une première étape à ce type de recherches. Plus encore, tout semble suggérer que la philosophie de Socrate n’est devenue éthique que dans une deuxième période de sa vie, après s’être consacré à l’étude de la nature ; son enseignement, en revanche, n’a eu comme objet que des questions éthiques.

 

            Les sophistes, comme nous l’avons vu, ont initié le chemin de la philosophie morale mais, ne trouvant aucun fondement sur lequel s’appuyer, ils finissaient par soutenir une éthique sceptique, utilitariste et pragmatique. Le mérite de Socrate consiste précisément en cela, en donner une réponse sans équivoque à la question sur la nature de l’homme. L’homme est son âme. C’est sur cette vérité que Socrate bâtira toute son éthique.

 

L’âme, centre de la personnalité morale

 

            C’est peut-être ici que se trouve la nouveauté principale des études modernes sur Socrate : axer leur attention moins sur sa méthode que sur le contenu de sa doctrine, en voyant en lui le premier philosophe qui établit d’une façon définitive le centre de la personnalité intellectuelle et morale de l’homme dans son âme.

 

            A partir de ce point de départ on comprend non seulement la doctrine mais la vie entière de Socrate ; son activité d’éducateur et sa façon particulière de l’envisager. Les témoignages sur ce point sont aussi unanimes. Socrate se présente devant les jeunes Athéniens comme un éducateur, mais pas comme un sophiste. Son seul intérêt est d’apprendre aux hommes à se connaître, à découvrir la place privilégiée que l’âme a en eux et, par conséquent, à lui accorder la plus grande attention.

 

Athéniens, je vous honore et je vous aime, mais j'obéirai plutôt au dieu qu'à vous; et tant que je respirerai et que j'aurai un peu de force, je ne cesserai de m'appliquer à la philosophie, de vous donner des avertissements et des conseils, et de tenir à tous ceux que je rencontrerai mon langage ordinaire : ô mon ami! comment, étant Athénien, de la plus grande ville et la plus renommée pour les lumières et la puissance, ne rougis-tu pas de ne penser qu'à amasser des richesses, à acquérir du crédit et des honneurs, sans t'occuper de la vérité et de la sagesse, de ton âme et de son perfectionnement?

Platon, Apologie de Socrate, 29 d-e

 

            Du caractère de la mission qu’il s’accorde découle comme une conséquence logique son aversion pour les sophistes, dont les discours n’aident en rien pour ce qu’il considère la seule chose importante, cultiver et améliorer son âme.

 

La vertu comme connaissance

 

            C’est aussi depuis sa conception de l’âme que l’on comprend la vertu socratique, identifiée avec la science, avec la connaissance, qui seule permet à l’homme de rendre son âme bonne, atteindre sa fin et donc être heureux. En opposition à l’éthique grecque, qui considérait que les biens suprêmes étaient la santé, la force physique, les richesses, le pouvoir, la renommée, Socrate, en accordant la primauté à l’âme par rapport au corps, invertit l’ordre des valeurs éthiques, en mettant au premier plan les biens de l’âme et, surtout, la science.

 

            En réalité, Socrate inclut dans la science toutes les vertus, de la même façon que l’ignorance englobait pour lui tous les vices. C’est la science qui permet d’agir bien, et l’ignorance est la cause du mal moral. D’après cela, à première vue, Socrate tomberait dans un intellectualisme grave ; la volonté n’aurait aucun poids sur l’agir humain et les mauvaises actions seraient excusées pour être involontaires.

 

            Sans pour autant absoudre complètement l’intellectualisme socratique, on peut le nuancer avec quelques explications qui le rendent moins paradoxal. D’une part, lorsque Socrate identifie la vertu avec la science, il n’entend pas par science n’importe quel type de connaissance, mais seulement la plus élevée, la science de ce que l’homme est ­son âme ­ et  de ce qui par conséquent est bon et convenable pour lui ­les biens de l’âme ­. D’autre part, lorsque Socrate rend l’ignorance seule responsable du mal moral, il veut dire que c’est seulement l’homme ignorant qui peut considérer comme étant un bien ce qui est en réalité un mal, ce qui l’amène à préférer le bien apparent aux biens réels, ceux de l’âme. Cependant, il demeure un point dans lequel l’intellectualisme persiste, parce que pour lui il suffirait de connaître le bien pour le mettre en pratique : selon Socrate, il ne serait pas possible de connaître le bien et ne pas le faire.

 

            Cependant, il convient de tenir compte que les concepts socratiques de maîtrise de soi, de liberté intérieure et d’autarchie, s’ils sont exprimés avec des termes à forte connotation intellectualiste, ne  peuvent pas pour autant cacher une certaine présence des dimensions appétitives.

 

            La maîtrise de soi, enkrateia, signifie la domination de l’âme sur le corps, de la raison sur les instincts, une domination qui donne à l’homme sa liberté intérieure, une liberté de la raison qui impose ses propres principes à l’irrationalité corporelle. Par cette voie l’homme vertueux se rend aussi autonome, autosuffisant pour atteindre le bonheur avec sa raison, sans besoin des biens terrestres.

 

Tu sembles, Antiphon, mettre le bonheur dans les délices et la magnificence ; pour moi, je crois que la divinité n’a besoin de rien ; que, moins on a de besoins, plus on se rapproche d’elle ; et, comme la divinité est la perfection même, ce qui se rapproche le plus de la divinité, se rapproche le plus de la perfection.

Xénophon, Mémorables, I, 6, 10

 

 

 

3. La théologie

 

            Socrate est mort précisément à cause d’une accusation d’impiété :

 

J’ai souvent admiré par quels arguments les accusateurs de Socrate ont jadis persuadé aux Athéniens qu’il méritait la mort, comme criminel d’État. Voici, en effet, quels étaient à peu près les termes de l’accusation : « Socrate est coupable de ne point reconnaître les dieux que reconnaît la cité et d’introduire des extravagances démoniaques : il est coupable de corrompre les jeunes gens »

Xénophon, Mémorables, I, 1, 1

 

            Et cependant, Socrate a toujours été un homme d’une profonde religiosité.

 

            Comme les sophistes, il s’est opposé à la religion traditionnelle de l’État ; mais contrairement à eux, sa conclusion n’est pas l’agnosticisme, beaucoup moins l’athéisme, mais une conception du divin qui dépassait certainement l’anthropomorphisme des divinités grecques.

 

            Socrate rejetait une telle façon de concevoir Dieu ; il le concevait, comme Anaxagore l’avait fait avant lui, comme une Intelligence ordinatrice, ce qui donnait une certaine unité à la pluralité de dieux qu’il admettait sans doute. On comprend cette façon de concevoir Dieu en tenant compte de ses présupposés éthiques, de sa vision particulière de l’homme. C’est l’idée qui se dégage des paroles de Xénophon qui nous transmettent ce que nous pourrions appeler les preuves socratiques de l’existence de Dieu :

 

Maintenant, crois-tu que tu sois un être pourvu de quelque intelligence et qu’ailleurs il n’y ait rien d’intelligent; et cela, quand tu sais que tu n’as dans ton corps qu’une parcelle de la vaste étendue de la terre, une goutte de la masse des eaux, et que sur l’immense quantité des éléments quelques faibles parties ont servi à organiser ton corps? Penses-tu que toi seul aurais eu le bonheur de ravir une intelligence qui, par suite, n’est nulle part ailleurs, et que ces êtres infinis, par rapport à toi, en nombre et en grandeur seraient maintenus en ordre par une force inintelligente?

Xénophon, Mémorables, I, 4, 8

 

            Une caractéristique particulière de la religiosité de Socrate est aussi sa croyance en la présence d’un daimonion, quelque chose de divin qui est présent en lui et qui l’aide dans son agir :

 

Mais peut-être paraîtra-t-il inconséquent que je me sois mêlé de donner à chacun de vous des avis en particulier, et que je n'aie jamais eu le courage de me trouver dans les assemblées du peuple, pour donner mes conseils à la république. Ce qui m'en a empêché, Athéniens, c'est ce je ne sais quoi de divin et de démoniaque, dont vous m'avez si souvent entendu parler, et dont Mélitus, pour plaisanter, a fait un chef d'accusation contre moi. Ce phénomène extraordinaire s'est manifesté en moi dès mon enfance; c'est une voix qui ne se fait entendre que pour me détourner de ce que j'ai résolu, car jamais elle ne m'exhorte à rien entreprendre: c'est elle qui s'est toujours opposée à moi, quand j'ai voulu me mêler des affaires de la république, et elle s'y est opposée fort à propos; car sachez bien qu'il y a longtemps que je ne serais plus en vie, si je m'étais mêlé des affaires publiques, et je n'aurais rien avancé ni pour vous, ni pour moi.

Platon, Apologie, 31 c-e

 

            Un tel daimonion était pour Socrate un privilège que les dieux lui avaient accordé, un signe, une voix, qui manifeste sa ferme croyance en la providence divine.

 

4. La méthode socratique

 

            La conception que Socrate a de l’homme et la primauté qu’il accorde à l’âme ont aussi une influence décisive sur sa méthode particulière. A la différence des sophistes, qui prétendaient enseigner avec de longs discours dans lesquels ils mettaient à contribution toute la technique de leur rhétorique, Socrate prétend atteindre l’âme de ses disciples, et il le fait par le dialogue, en se servant de questions et de réponses, dans une quête commune de la vérité.

 

C'est que tu parais ne pas savoir qu'il suffit de causer avec Socrate pour qu'il vous traite comme son parent ; il ne faut qu'entrer en conversation avec lui, quand même on commencerait à parler de toute autre chose, il vous retourne sans relâche, jusqu'à ce qu'il vous amène irrésistiblement à lui parler de vous-mêmes, et à lui dire de quelle manière on vit et comment on a vécu ; et quand une fois on en est là, Socrate ne vous quitte pas qu'il ne vous ait examiné à fond. Je suis déjà accoutumé à sa manière, je sais qu'il faut absolument en passer par-là, et que moi-même je n'en serai pas quitte à meilleur compte; cependant, Lysimaque, je m'y soumets volontiers ; car je ne pense pas que ce soit un mal pour nous, que l'on nous fasse réfléchir aux fautes que nous avons commises ou à celles que nous pouvons commettre; loin de là, je suis convaincu qu'un moyen de s'assurer pour l'avenir d'une vie plus sage, c'est de ne pas redouter cette enquête et de la désirer plutôt, selon la maxime de Solon, de chercher à s'instruire pendant toute sa vie, et de ne pas croire que la raison viendra d'elle-même avec l'âge

Platon, Lachès, 187 e – 188 b

 

            Dans cette recherche de la véritable sagesse, le point de départ de Socrate est précisément le non-savoir, une ignorance qui veut en premier lieu rendre évidente la vacuité du savoir arrogant des sophistes ; elle est aussi une fiction, fait partie de l’ironie inhérente à la méthode dialectique. Finalement, le « je ne sais que je ne sais rien » est un point d’arrivée : il exprime la conviction profonde de Socrate que toute sagesse humaine ­aussi la sienne ­ n’est rien comparée au savoir divin.

 

Mais, Athéniens, la vérité est qu'Apollon seul est sage, et qu'il a voulu dire seulement, par son oracle, que toute la sagesse humaine n'est pas grand-chose, ou même qu'elle n'est rien; et il est évident que l'oracle ne parle pas ici de moi, mais qu'il s'est servi de mon nom comme d'un exemple, et comme s'il eût dit à tous les hommes : Le plus sage d'entre vous, c'est celui qui, comme Socrate, reconnaît que sa sagesse n'est rien.

Platon, Apologie de Socrate, 23 a-b

 

            L’ironie est l’une des notes les plus caractéristiques des discussions dans lesquelles Platon fait intervenir Socrate. L’ironie est le moyen efficace pour démasquer la sagesse apparente de ses interlocuteurs, c’est la partie négative, destructive de sa méthode. Elle est suivie de la maïeutique, l’aspect constructif, l’art qui aide à sortir à la lumière les vérités que l’âme enferme.

 

Mon art d’accoucheur comprend donc toutes les fonctions que remplissent les sages-femmes ; mais il diffère du leur en ce qu’il délivre des hommes et non des femmes et qu’il surveille leurs âmes en travail et non leurs corps. Mais le principal avantage de mon art, c’est qu’il rend capable de discerner à coup sûr si l’esprit du jeune homme enfante une chimère et une fausseté, ou un fruit réel et vrai. J’ai d’ailleurs cela de commun avec les sages-femmes que je suis stérile en matière de sagesse, et le reproche qu’on m’a fait souvent d’interroger les autres sans jamais me déclarer sur aucune chose, parce que je n’ai en moi aucune sagesse, est un reproche qui ne manque pas de vérité. Et la raison, la voici ; c’est que le dieu me contraint d’accoucher les autres, mais ne m’a pas permis d’engendrer. Je ne suis donc pas du tout sage moi-même et je ne puis présenter aucune trouvaille de sagesse à laquelle mon âme ait donné le jour. Mais ceux qui s’attachent à moi, bien que certains d’entre eux paraissent au début complètement ignorants, font tous, au cours de leur commerce avec moi, si le dieu le leur permet, des progrès merveilleux non seulement à leur jugement, mais à celui des autres. Etil est clair comme le jour qu’ils n’ont jamais rien appris de moi, et qu’ils ont eux-mêmes trouvé en eux et enfanté beaucoup de belles choses. Mais s’ils en ont accouché, c’est grâce au dieu et à moi.

Platon, Théétète, 150 b-d

 

            Il reste un aspect de la méthode socratique qu’il faut traiter, celui de sa valeur logique. Habituellement, en suivant des indications fournies par Aristote, on attribue à Socrate la découverte du concept, c'est-à-dire, de l’essence dans son sens logique, universel et permanent. Cependant, une telle affirmation ne peut pas être admisse sans la nuancer. Il faut tenir compte que dans les passages d’où cette thèse a été tirée, Aristote n’est qu’un interprète, qui veut souligner l’héritage socratique de certains éléments de sa propre philosophie, sans prétendre donner une caractérisation systématique de la pensée de Socrate. Pour cette raison on ne peut pas déduire de ses paroles le noyau essentiel de la philosophie socratique, ce qui a parfois été fait. On devrait même nuancer l’affirmation d’Aristote : s’il est vrai que la méthode socratique a ouvert la voie qui a amené plus tard à la découverte du concept et de la définition, la découverte elle-même n’a pas pu être l’œuvre de Socrate.

 

 

5. Les disciples de Socrate

 

            Le principal disciple de Socrate, mais pas le seul, est Platon. Il faut mentionner à côté de lui les socratiques dits mineurs : Xénophon, Eschine, Antisthène, Aristippe, Euclide et Phédon. Ces personnages, à l’exception de Xénophon et d’Eschine, on fondé quatre écoles philosophiques qui sont différentes, même si elles dépendent plus ou moins de la doctrine socratique, qu’elles comprennent et interprètent chacune à sa façon.

 

            Ces écoles sont :

 

                        L’école cynique, fondée par Antisthène

                        L’école cyrénaïque, fondée par Aristippe

                        L’école de Mégare, fondée par Euclide de Mégare  (à ne pas confondre avec le célèbre mathématicien Euclide d’Alexandrie)

                        L’école d’Élis, fondée par Phédon.

 

            Cette diversité d’écoles socratiques et les caractéristiques qui leur sont communes font penser que l’aspect le plus important du magistère de Socrate, plus que le contenu de sa doctrine, a été son attitude face à la vie culturelle d’Athènes, dominée à l’époque par les sophistes et, en définitive, son attitude devant les choses. L’opposition socratique aux sophistes n’est pas seulement une attitude de protestation ou un geste de mépris : elle implique aussi une façon décidemment positive de se situer devant la réalité et d’envisager la tâche du philosophe.

 

            Socrate réagit face à un savoir qui est dépéri en opinion, en rhétorique, avec l’intention de récupérer pour les choses et surtout pour l’homme la consistance qui est la leur. Socrate est convaincu que les opinions des homes ne peuvent pas être la réponse définitive, mains encore si leur importance dépend de la reconnaissance de la part des autres plutôt que de leur rapport à la vérité. Ce qui est définitif c’est les choses elles-mêmes et c’est sur elles qu’il faut focaliser la pensée.

 

            C’est dans ce rejet de la culture dominante que tous les disciples de Socrate ont coïncidé ; tous prétendent imiter l’attitude vitale du maître, mais seulement les majeurs ­Platon et plus tard Aristote ­ réussissent à la comprendre en profondeur. Les socratiques mineurs reçoivent le message du maître de façon superficielle ou tout au moins partielle et ne peuvent l’imiter que sur les aspects périphériques de son comportement et, plus tard, comme le montre l’histoire de la philosophie, ils arrivent à trahir les contenus les plus profonds de son message. Seulement Platon et Aristote comprendront que Socrate est le premier maître d’éthique non pas tellement parce qu’il s’occupe des choses humaines, mais surtout à cause de son attitude vitale. Socrate entend que ce qui est essentiel à l’homme est son intelligence et, par conséquent, que l’on doit vivre en pensant. La grande leçon socratique fut précisément son existence philosophique, son sérieux intellectuel. La vie de Socrate est elle-même de la philosophie, la recherche d’un savoir qui ne peut pas ne pas engager sa propre vie : une connaissance exclusivement formelle et abstraite, voire métaphysique, est considérée par Socrate comme étant insuffisante pour sauver l’homme ; savoir sur l’être est aussi szavoir sur soi.

 

            Sans nous arrêter sur les socratiques mineurs, malgré leur influence considérable sur le développement de certains courants philosophiques que nous rencontrerons à l’époque helléniste, nous commencerons l’étude de Platon, dont la philosophie s’élève, par rapport à celle du maître, comme le cygne qui, des genoux de Socrate, éleva son vol et chanta doucement, tel que le dit de façon très belle Diogène de Laërte dans son ouvrage Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres :

 

On raconte encore à son sujet [de Platon] le fait suivant : Socrate vit en songe un jeune cygne couché sur ses genoux, à qui les ailes poussèrent tout à coup 135  et qui s’envola en faisant entendre des chants harmonieux ; le lendemain Platon se présenta à lui et il dit que c’était là le cygne qu’il avait vu.

 

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... c'est de par leur caractère que les hommes sont ce qu'ils sont, mais c'est de par leurs actions qu'ils sont heureux, ou le contraire.

 

   

C'est par l'expérience que la science et l'art font leur progrès chez les hommes.

 
   

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