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PREMIERE PARTIE

 

LES PRESOCRATIQUES

 

Chapitre I

 

Les Ioniens et Héraclite

 

            Comme il a été dit, le précédent immédiat des philosophes physiciens de Milet sont les poètes-théologiens, dont les écrits présentent des points de contact avec la pensée des premiers philosophes. La Théogonie d’Hésiode, par exemple, ne propose pas qu’une origine des dieux, mais aussi celle du monde. Cependant, ce qui permet de considérer Thalès comme le premier philosophe et le distingue des poètes-théologiens c’est qu’il se situe sur un nouveau plan, celui de la raison, et non sur celui du mythe.

 

Ceci ne veut pas dire qu’Hésiode et, plus généralement, les poètes-théologiens n’utilisent pas la raison, ni que chez Thalès ou chez les philosophes postérieurs l’élément mythique soit absent ; c’est tout simplement que, au moins dans la vision que d’eux nous a transmise Aristote, chez ceux-là l’aspect fantastique, mythologique, est prédominant, tandis que chez Thalès et les ioniens c’est la raison ou logos qui prévaut.

 

            La preuve en est que, tout en évoluant dans un horizon spéculatif qui est en partie similaire, cosmologique, les poètes ne cherchent pas à individualiser le premier principe absolu du réel, mais plutôt à transmettre un récit de la génération du cosmos. Pour les ioniens en revanche, la recherche du principe (arjé) est la question centrale de leur spéculation et ce qui les accrédite en tant que philosophes.

 

            Les philosophes ioniens sont Thalès, Anaximandre et Anaximène. Comme nous le verrons, chacun d’entre eux propose des solutions différentes au problème du premier principe, mais dans tous les cas ils considèrent que ce principe doit être unique ; cette circonstance, ainsi que leur origine ionienne, permet de rapprocher de leur étude celle de la figure d’Héraclite dont la pensée, pour d’autres raisons, se différencie nettement de celle des premiers ioniens.

 

1. Thalès

 

            Thalès est né à Milet (Cf cartes) à une date que nous ne pouvons connaître que de façon approximative. Tout porte à penser qu’il a développé son activité scientifique et philosophique au commencement du VIème siècle avant Jésus-Christ.

 

            Dès la tradition la plus ancienne il a été considéré comme le premier des philosophes et, d’une certaine façon, comme le prototype de l’homme sage. Nous possédons de nombreux témoignages de son activité, qui lui accordent un rôle important dans la vie de son peuple et nous le présentent comme un mathématicien, astronome et homme politique éminent.

 

            Les sources se font plus discrètes sur sa pensée philosophique, dû en partie au fait qu’il n’a rien écrit ; elles consistent fondamentalement en ce qu’Aristote nous a transmis. D’après celui-ci, la pensée de Thalès pourrait être ramenée à deux doctrines fondamentales : l’eau comme premier principe et l’âme comme principe moteur.

 

L’eau comme premier principe

 

            Le point principal de la cosmologie de Thalès est la considération de l’eau comme principe suprême. Aristote expose ainsi la pensée du Milésien :

 

La plupart des premiers philosophes ont cherché dans la matière les principes de toutes choses. Car ce dont toute chose est, d’où provient toute génération et où aboutit toute destruction, l’essence restant la même et ne faisant que changer d’accidents, voilà ce qu’ils appellent l’élément et le principe des êtres ; et pour cette raison, ils pensent que rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature première subsiste toujours. Nous ne disons pas d’une manière absolue que Socrate naît, lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt lorsqu’il perd ces manières d’être, attendu que le même Socrate, sujet de ces changements, n’en demeure pas moins ; il en est de même pour toutes les autres choses ; car il doit y avoir une certaine nature, unique ou multiple, d’où viennent toutes choses, celle-là subsistant la même. Quant au nombre et à l’espèce de ces éléments, on ne s’accorde pas. Thalès, le fondateur de cette manière de philosopher, prend l’eau pour principe, et voilà pourquoi il a prétendu que la terre reposait sur l’eau...

Aristote, Métaphysique, I, 3

 

            De ce premier témoignage nous pouvons déduire non seulement que l’eau était pour Thalès le premier principe, mais aussi la portée et la fonction d’un tel principe.

 

            D’une part, c’est de lui que tout procède -première origine de sa génération- et à lui que tout se ramène –où aboutit sa corruption-. Dans la perspective aristotélicienne, ce principe est le constitutif matériel originaire de toutes les choses, ce qui demeure en elles comme substrat et ce que tout devient par corruption.

 

            Mais, pourquoi Thalès a-t-il vu le principe suprême dans l’eau ? Aristote nous en donne aussi des indications précises :

 

… amené probablement à cette opinion parce qu’il avait observé que l’humide est l’aliment de tous les êtres, et que la chaleur elle-même vient de l’humide et en vit ; or, ce dont viennent les choses est leur principe. C’est de là qu’il tira sa doctrine, et aussi de ce que les germes de toutes choses sont de leur nature humides, et que l’eau est le principe des choses humides.

 

Aristote, Métaphysique, I, 3

 

            Ces raisons peuvent nous paraître naïves, découlant d’observations excessivement élémentaires, mais ce sont des raisons qui prétendent expliquer l’étonnante diversité, ramener à l’unité d’un principe la multiplicité changeante du monde physique, dépasser le stade des récits fantastiques.

 

            Cependant, il est possible que l’explication rationnelle proposée par Thalès ait été orientée par des mythes antérieurs. C’est le soupçon qu’Aristote laisse transparaître et qui a amené plusieurs historiens à assimiler le principe de Thalès à certaines théories mythologiques.

 

            Même si cela ne peut pas être démontré, il est bien probable qu’il y ait des antécédents mythologiques dans la pensée de Thalès ; mais ce qu’il faut souligner une fois encore est la nature rationnelle de sa thèse, qui la différencie nettement de n’importe quelle proposition mythologique a laquelle elle puisse se ressembler.

 

L’âme comme principe de mouvement

 

            Le reste des propositions de Thalès qu’Aristote nous transmet ont trait à sa doctrine sur l’âme, qui fournissent des indications intéressantes concernant sa théologie.

 

Il semble aussi que Thalès, d’après ce qu’on rapporte, ait pensé que l’âme est une force motrice, s’il est vrai qu’il a prétendu que la pierre d’aimant possède une âme parce qu’elle attire le fer.

Aristote, L’âme, I, 2

 

            Un peu plus avant, Aristote signale :

 

Il y a aussi certains philosophes pour qui l’âme est mélangée à l’Univers entier et de là vient peut-être que Thalès a pensé que tout était plein de dieux.

Aristote, L’âme, I, 5

 

            Quelle était la pensée de Thalès lorsqu’il soutient la présence des dieux dans toutes les choses ? Quel rapport y a-t-il entre cette idée et le rôle moteur de l’âme ?

 

            Que l’âme soit le principe de la vie et du mouvement semble la conclusion logique déduite par Aristote de l’affirmation de Thalès sur l’aimant. Mais selon l’affirmation suivante, ce ne serait pas seulement la pierre magnétique qui posséderait une âme mais tout l’univers qui serait pénétré de vie, même si plusieurs de ses parties semblent être inanimées ; d’autre part, il semblerait que Thalès nous dit que dans une certaine mesure cette force vitale a un caractère divin.

 

            Rien d’autre n’est dit sur la nature de l’âme vivifiante et divine, mais il est possible que Thalès l’ait associée à la nature du premier principe, l’eau. Dans ce cas la pensée de Thalès deviendrait plus claire : toutes les choses procèdent de l’eau et l’eau demeure dans toutes les choses, à titre de substrat ; toutes les choses doivent donc être divines et animées.

 

 

 

2. Anaximandre

 

            Il est né à Milet (Cf cartes) vers l’an 611 avant le Christ. Il était un peu plus jeune que Thalès et, depuis les témoignages dont nous disposons, il était son disciple. Auteur d’un ouvrage dont le titre est Sur la nature, il exerça tout comme son maître d’autres activités en plus de la recherche cosmologique. Cependant, il se différencie clairement de Thalès dans ce domaine, en signalant comme premier principe l’apeiron, c'est-à-dire, ce qui est infini, illimité.

 

« Parmi ceux qui disent que [le premier principe] est un, mouvant et infini, Anaximandre, fils de Praxiade, un Milésien, successeur et disciple de Thalès, a dit que le principe et élément des choses qui existent était l’apeiron, ayant été le premier à introduire ce nom de principe matériel ».

Simplice, In Aristotelis Physica, 24, 13.

(chercher et vérifier la citation par internet)

 

L’apeiron

 

            Pour comprendre la pensée d’Anaximandre il est évident qu’en premier lieu il faut connaître la signification précise de son premier principe. D’une part, sa traduction correspondrait à ce qui n’a pas de limite (a-peras) et donc est infini. Mais de quelle illimitation s’agit-il ? Aristote le comprit comme quelque chose d’infini du point de vue spatial, sans bornes extérieures et, en même temps, comme quelque chose d’indéterminé, sans  limitation qualitative. L’apeiron fut pour Anaximandre un principe matériel dont l’extension est infinie ; mais cette caractéristique n’était pas suffisante pour le distinguer ou le caractériser ; Anaximandre ajoute l’indétermination qualitative, son manque d’identité positive : l’apeiron n’est ni l’eau ni l’air ni aucun des éléments. La caractérisation de l’apeiron faite par Aristote permet d’assimiler ce principe aussi bien à la cause matérielle qu’à la divinité, selon lequel de ses aspects est mis en avant.

 

            a) L’apeiron en tant que cause matérielle. Dans la perspective de l’analyse qu’Aristote fait des quatre causes (matérielle, formelle, efficiente et finale) le principe d’Anaximandre supposait, grâce à son indétermination, un grand progrès vers la compréhension de la nature propre à la cause matérielle ; le principe n’était plus comme chez Thalès l’un des éléments –une substance, dans la terminologie d’Aristote- mais quelque chose d’indéterminé, différent de toutes les substances existantes, antérieure à elles, et permettant d’expliquer mieux leur origine. Ce n’est qu’en manquant de toute limite que le principe peut inclure toutes les possibilités, devenir tout.

 

            L’apeiron en tant que divinité. Cependant, cette considération de l’apeiron en tant que cause matérielle présente un seul aspect, que nous pourrions appeler passif et qui doit être complété avec d’autres indications qu’Aristote nous fournit, concernant la capacité active du premier principe :

 

C'est avec raison aussi que tous [les physiciens] font de l’infini un principe; en effet il est impossible qu’il existe en vain ni qu’il ait aucune autre valeur que celle de principe: tout en effet, ou est principe ou vient d’un principe; or, il n’y a pas de principe de l’infini; ce serait en effet sa limite. De plus, il est non-engendré et non corruptible, entant qu’il est un principe; car nécessairement toute génération reçoit une fin et il y a un terme à toute corruption. C’est pourquoi, disons-nous, il n’a pas de principe, mais c’est lui qui parait être principe des autres choses, et les  embrasser et les diriger toutes, ainsi que le disent tous ceux qui n’admettent pas d’autres causes à côté de l’infini, comme seraient l’intelligence, ou l’Amitié; et encore, c’est la divinité, car il est immortel et impérissable, comme le veulent Anaximandre et la plupart des physiologues.

Aristote, Physique, III, 4

 

            Nous pouvons déduire de ces mots que l’apeiron d’Anaximandre est le premier principe qui gouverne et qui embrasse tout, le divin, l’immortel, l’indestructible. Il ne pouvait pas en être autrement ; son caractère illimité le met hors de toutes les limitations qui sont présentes dans les réalités terrestres, comme la mort et la corruption. La divinisation du premier principe n’est pas un trait exclusif d’Anaximandre, mais une tendance qui est présente chez tous les penseurs ioniens, qui se distancent aussi sous cet aspect des poètes antérieurs et de leurs divinités mythologiques. Il est intéressant de souligner d’une part,  comme chez Thalès, la parenté possible du principe avec la mythologie, de l’apeiron avec le chaos d’Hésiode. Et d’autre part, souligner l’utilisation d’un concept abstrait –to apeiron-, qui correspond à un langage plus philosophique que physique.

 

            Il convient maintenant de comprendre de quelle façon l’apeiron comprend et gouverne toutes les choses, quel est le rapport qu’Anaximandre établit entre ce qui est illimité e tout ce qui a des limites.

 

La genèse de toutes les choses

 

            Le seul texte d’Anaximandre qui nous est parvenu, transmis par Simplice, enferme –d’une façon plutôt obscure- la clé de sa cosmologie :

 

« La naissance parvient aux êtres qui existent de ce en quoi ils se convertissent « selon le nécessité », cars ils se payent mutuellement la peine et la rétribution pour leur injustice « selon la disposition du temps », comme Anaximandre le dit dans des termes un peu poétiques ».

Simplice, In Aristotelis Physica, 24, 17.

(chercher et vérifier la citation par internet)

 

            Pour faire un peu de lumière dans ces paroles difficiles à interpréter, il faut prendre en compte qu’Anaximandre pensait que toutes les choses procédaient nécessairement de l’apeiron par séparation des contraires et qu’elles y revenaient nécessairement aussi. Anaximandre n’explique pas la séparation des contraires, mais tout porte à penser qu’elle était causée par le mouvement éternel de l’apeiron.

 

            La raison de cette loi nécessaire de génération et de corruption est le paiement d’une peine mutuelle, la rétribution due à cause d’une injustice. Ce châtiment mutuel ferait référence aux contraires séparés de l’apeiron, qui doivent solder l’injustice qu’ils commettent du fait même de s’opposer entre eux en cherchant chacun la domination sur les autres. Ce châtiment rétablit l’égalité moyennant la disposition du temps, c'est-à-dire, l’assignation d’une limite temporelle qui met fin à la domination de l’un sur l’autre. Le fait d’exister comporte une culpabilité qui n’est soldée que par la mort. De cette façon Anaximandre expliquerait la continuité et la stabilité des changements naturels, la formation du monde et la fonction directrice de l’apeiron.

 

            Mais en même temps, la même loi fait que toutes les choses reviennent nécessairement au premier principe, ce qui exige leur extinction ; c’est ainsi que serait réparée l’injustice primitive née de la séparation des contraires de l’apeiron. On comprend alors que pour Anaximandre le monde ait aussi une limite dans le temps, une fin, et que la destruction d’un monde soit suivie par l’apparition d’un autre. Cette alternance des mondes serait d’ailleurs incessante, comme le mouvement de l’apeiron est incessant.

 

La genèse de notre monde

 

            En connaissant la loi qui, d’après Anaximandre, régit la formation du cosmos, et à l’aide d’autres témoignages, on peut reconstruire dans ces grands traits le genèse effective que selon lui aurait eue notre monde.

 

            Le premier couple de contraires qui s’est séparé de l’apeiron serait le chaud et le froid ; de ce premier couple procéderaient petit à petit tous les autres ; nous n’avons pas de preuve qu’Anaximandre ait expliqué le pourquoi du processus. Le feu, en forme de sphère, en enveloppant une substance de nature humide qui, par condensation sous l’action de la chaleur du feu est devenue terre, au même temps que les vapeurs émanées auraient fait exploser la sphère de feu, de qui donneait origine aux corps célestes. La terre, encore humide, devient sèche par l’action du soleil ; les restes de l’humidité seraient les mers.

 

            La terre aurait une forme cylindrique, serait au centre du cosmos et dans un équilibre constant qui n’a besoin d’aucun support matériel pour la tenir en place. Les êtres vivants procéderaient de l’élément liquide sous l’action du soleil.

 

« Anaximandre a dit que les premiers êtres vivants sont nés dans l’humide, enveloppés de croûtes épineuses (écailles) qui, en grandissant, se sont déplacés vers des zones plus sèches et que, lorsque la croûte enveloppante s’est brisée, ils ont vécu une vie différente pendant un court laps de temps »

Aetius, 5, 19, 4

(chercher et vérifier la citation par internet)

 

            Pour Anaximandre donc, les animaux supérieurs, y compris l’homme, auraient leur origine dans des espèces inférieures qui se sont transformées petit à petit.

 

 

 

3. Anaximène

 

            Anaximène –né au commencement du VIème siècle avant le Christ et décédé dans les dernières décades du même siècle- est le troisième des philosophes de Milet et le successeur d’Anaximandre. Nous ne savons rien de sa vie ni de ses activités dans le domaine des sciences pratiques. Par le témoignage de Diogène de Laërte nous savons qu’il écrivit un livre dont quelques fragments nous sont parvenus.

 

            A la différence d’Anaximandre, le premier principe, tout en étant aussi infini, possède pour Anaximène une nature bien déterminée : c’est l’air, dont toutes les choses procèdent.

 

« Anaximène de Milet, fils d’Euristrate, compagnon d’Anaximandre, dit comme celui-ci que la nature qui sert de substrat est une et infinie, mais non indéfinie, comme celui-ci, mais définie ; il l’appelle air ».

Théophraste, d’après Simplice, In Aristotelis Physica, 24, 26.

(chercher et vérifier la citation par internet)

 

L’air en tant que premier principe

 

            Anaximène, d’après les témoignages dont nous disposons, accordait au premier principe les caractéristiques suivantes : il est, comme nous l’avons dit, infini ; il comprend toutes les choses ; il est en mouvement constant, dans une production continue de choses. Il avait aussi, comme pour tous les ioniens en général, une nature divine.

 

            Pourquoi Anaximène pensa-t-il à l’air comme premier principe ? En premier lieu, nous pouvons déduire des témoignages dont nous disposons, qu’il a été poussé vers cette conclusion en considérant les vivants, pour lesquels la respiration joue un rôle de la plus grande importance. De la même façon que l’air est essentiel pour les vivants, il doit l’être également pour toutes les choses et pour l’univers, qu’Anaximène considérait comme un vivant.

 

« Et pour la même raison que notre âme qui, dit il, est de l’air, nous maintient unis, de la même façon l’haleine et l’air enveloppe tout le cosmos »

Aetius, I, 3, 4

(chercher et vérifier la citation par internet)

 

            En plus de cela, il est licite de penser qu’il ait été amené à sa solution par l’explication de son maître qu’il considérait sans doute non satisfaisante. Anaximène ne suit Anaximandre que partiellement. Il le suit lorsqu’il le considère infini, en mouvement permanent et de caractère divin. Mais il s’en éloigne en ce qui concerne sa nature non déterminée. Il semblerait qu’Anaximène ressent le besoin de donner une explication plus claire et plus cohérente à la genèse des différentes substances et que c’est ce besoin qui l’aurait amené à trouver ce principe dans l’air.

 

            Anaximandre, non satisfait avec la solution proposée par Thalès, pose comme principe l’apeiron de nature indéterminée, duquel procéderaient les contraires, et de ceux-ci toutes les choses. Anaximène retourne à un premier principe de nature déterminée et apte selon lui à mieux expliquer l’origine des autres substances.

 

« L’air se distingue dans sa nature substantielle par raréfaction et condensation. En devenant plus subtil il devient feu et vent ; lorsqu’il se condense il devient nuage ; s’il se condense encore il devient eau, plus terre, plus les pierres et le reste des êtres qui surgissent de ces substances »

Théophraste, d’après Simplice, In Aristotelis Physica, 24, 26.

(chercher et vérifier la citation par internet)

 

L’origine de toutes les choses à partir de l’air

 

            Le processus qui donne origine aux choses à partir de l’air vient d’être esquissé dans le texte ci-dessus : c’est la condensation et la raréfaction du premier principe : par raréfaction l’air devient feu ; par condensation il devient eau, puis terre.

 

            De cette façon, les différences qualitatives entre les choses sont expliquées pour Anaximène non plis par la mystérieuse séparation des contraires préconisée par son maître, mais par une différentiation quantitative –condensation et raréfaction- du principe originaire qui demeurerait présent dans toutes les choses.

 

            On a tendance à considérer la pensée d’Anaximène comme étant un retour à la doctrine de Thalès et, par conséquent, une régression par rapport à son prédécesseur. Cependant, il y a dans la doctrine d’Anaximène un progrès par rapport à celle d’Anaximandre, dont le concept d’une substance infinie est trop indéterminé pour qu’il puisse expliquer les substances particulières ; la même indétermination affecte à la « séparation » à laquelle Anaximandre ramène toute naissance d’êtres dérivés de la substance originaire.

 

            En effet, puisque les substances particulières ne sont pas comprises dans l’apeiron, la séparation qui se produit au sein de celui-ci n’explique pas l’apparition de celles-là. En revanche, Anaximène essaie de donner une explication plus précise du processus physique qui donne naissance aux substances particulières ; c'est-à-dire, une explication du comment l’illimité peut se transformer en cosmos visible. En fait, l’importance d’Anaximène est confirmée par le témoignage d’Aristote, qui fait dépendre de lui tout ceux qui par la suite ont proposé comme principe une matière déterminée (Cf. Aristote, Métaphysique, I, 4).

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